SÛRETÉ MARITIME EN 2022 : BILAN DES MENACES AVEC LE MICA CENTER ET LES ARMATEURS FRANÇAIS

Le MICA Center1 a publié son bilan annuel 2022 qui développe une analyse concernant les menaces affectant la sûreté des espaces maritimes dans le monde ! 

Le centre d’analyse de la Marine nationale relève que l’année 2022 a été marquée par la poursuite de la baisse du nombre d’actes de piraterie et de brigandage maritimes : le nombre total d'incidents dans le monde s’établit à 288, soit une diminution de 5% par rapport à 2021 (avec 248 vols et 21 attaques). Cette tendance est marquée dans le Golfe de Guinée, où le nombre d’incidents a largement diminué jusqu'à mi-décembre, bien que la région reste perçue comme l'une des plus dangereuses au monde.

Toutefois, le MICA Center établit que dans l'océan Indien, dans le golfe de Guinée et en Asie du Sud-Est, le brigandage ne suit pas cette tendance générale. Au contraire, il a enregistré un nombre croissant d’actes de vols dans ces régions. Les vols dans les zones de mouillage ou les passages de dispositif de séparation de trafic se poursuivent, sans violence dans la majorité des cas. Il est probable que la crise économique mondiale ne fasse qu’aggraver cette tendance dans ces zones déjà instables et moins policées. En particulier en Asie du Sud-Est, le nombre d’incidents déclarés de vol, de vol à main armée et de piraterie en mer a augmenté de 20% entre 2021 et 2022, restant inférieur à celui de 2020. 

 

 

Pour consulter le bilan annuel 2022 du MICA Center, veuillez cliquer ici ! 

 

La publication de ce rapport est l’occasion de faire un point de situation, avec Eric JASLIN, commandant du MICA Center, Jean CAROTENUTO et Emmanuel CHATELIER respectivement responsables sûreté au sein de compagnies Ponant et la Maritime Nantaise.

 

Commandant, vous êtes à la tête du MICA Center depuis 2 ans, pourriez-vous nous présenter comment vos équipent travaillent pour produire ces statistiques et ces analyses, ainsi que le fonctionnement de la coopération navale volontaire (CNV) qui associe étroitement armateurs et Marine nationale ?

EJ : En ce qui concerne le bilan annuel du MICA CENTER et en particulier ses statistiques, elles sont le fruit de la collecte minutieuse et objective de toutes les informations de sureté maritime. Ce travail quotidien de fourmi n’est possible que grâce à notre réseau d’informations et d’informateurs. Les informations sont vérifiées et recoupées lorsqu’elles ne viennent pas directement de nos sources directes (MDAT GoG, MSCHOA ou CNV). Les analyses la retranscription des contributions des états-majors de commandants de zone maritime, celles de nos centres partenaires de New Dehli, Madagascar et Singapour (Information Fusion Centers – IFM). Cette année nous avons sollicité Mme Katja Jacobsen, de l’Université de Copenhague dont les études sur la piraterie dans le golfe de Guinée font référence. Nous ajoutons bien sûr notre touche personnelle en particulier pour les parties spécifiques à la piraterie et au brigandage maritime. 

La coopération navale volontaire, qui se matérialise au travers d’un protocole gratuit et volontaire entre la marine nationale et une cinquantaine de compagnies privées françaises et internationales, donne accès à des évaluations hebdomadaires, des évaluations particularisées et un suivi mondial 24/7 pour les compagnies qui nous confient leurs navires. En retour, les informations reçues de ces compagnies complètent l’analyse produite par la Marine nationale et sont partagées avec l’ensemble de la communauté.  

 

Monsieur Jean CAROTENUTO, vous êtes le responsable en charge des questions de sûreté au sein de la compagnie maritime Ponant, pourriez-vous nous expliquer en quoi la collaboration avec le MICA Center et la Marine nationale vous permet d’améliorer la sûreté de vos navires ?

JC : Dans le cadre de notre activité de tourisme, la sûreté et la sécurité sont une priorité absolue de nos membres d’équipage. Le panel extrêmement varié de nos destinations et l’enregistrement au pavillon français de l’ensemble de nos 13 navires implique un enjeu très fort en termes de sûreté maritime. Notre collaboration avec le MICA Center est dans ce cadre essentielle.

Ces échanges spécifiques ou partages d’information de type CNV nous permettent d’appréhender la sûreté de l’ensemble de nos destinations, pour nos itinéraires récurrents ou lors de la création et la modification de nos croisières. Ils nous permettent également de conduire des analyses de risque et des mises à jour régulières des tendances. De plus, les relais avec les antennes CRFIM (Centre Régionaux de Fusion d'Information Maritime) et IFM apportent un éclairage de terrain appréciable, tant sur le volet maritime que terrestre, spécifique à notre métier d’armateur de navire de croisière.

Bien que la nature de nos activités nous tienne à l’écart des zones à risque, nous sommes soumis aux mêmes évolutions du contexte de la sûreté maritime et global post pandémie. L’émergence de la menace cyber, sur laquelle le MICA s’engage avec de nouveaux partenaires tel que FCM, en est un exemple.

 

Monsieur Emmanuel CHATELIER, vous êtes le responsable sûreté au sein de la Compagnie Maritime Nantaise. Le MICA Center décrit une baisse globale du nombre d’évènements et d’incidents dans le monde, en particulier ceux liés à la piraterie. En tant qu’armateur, considérez-vous que cette décrue des menaces, comme dans le golfe de Guinée, permet-elle de baisser le niveau de vigilance à bord des navires ? Comment appréhendez-vous le développement de certaines menaces hybrides ou des menaces cyber dans le secteur maritime ?

EC : Malgré des évaluations effectivement plus favorables dans certaines zones que nous fréquentons régulièrement, nous maintenons toujours un niveau de vigilance élevé. Nos protocoles restent inchangés, notamment dans le Golfe de Guinée ainsi que de la Mer Rouge au Golfe Persique. 

Dans le Golfe de Guinée par exemple, les situations statiques, au mouillage, restent toujours sensibles et nous continuons ainsi à rester en route au large pendant les périodes d’attente. Dans l’Océan Indien, malgré la récente disparition d’une des classifications HRA, les pratiques restent inchangées, notamment en termes de routes et de vitesses de transit. Bien que nous n’en soyons pas la cible directe pour le moment, les incidents tels que ceux qui se sont produits au large du Yémen en fin d’année 2022 nous poussent à maintenir nos équipages en alerte et à suivre avec attention les évaluations et reportings mis à disposition par le MICA Center notamment.

Enfin, l’année 2022 a été pour nous une année d’analyse et de poursuite de notre montée en puissance sur la maîtrise des menaces dîtes « dématérialisées ». Deux ans après l’entrée en vigueur du volet cybersécurité du Code ISM, il apparaît désormais clairement que ce qui a parfois pu être considéré comme une simple « brique de plus » à notre cadre réglementaire doit être considérée méthodiquement pour répondre à une menace aussi variable qu’imprévisible.

En tant qu’armateur français, l’expertise d’institutions telles que le MICA Center et le soutien des forces navales déployées sur zone sont des atouts précieux.

 

Commandant Eric JASLIN, pour conclure, quels sont les axes de travail pour le MICA Center en 2023 ? Avez-vous prévu de mettre l’accent sur certaines menaces ?

EJ : 2023 sera tout d’abord une année pendant laquelle nous allons nous efforcer de consolider nos processus afin de s’affranchir des manœuvres en ressources humaines inhérentes aux unités de la Marine nationale. Nous allons de plus tenter de développer encore notre réseau de partenaires français et internationaux en les sensibilisant sur l’importance du partage réciproque d’informations.

L’exercice de coopération maritime CONAVEX 22 semble avoir été un beau succès. Nous avons déjà commencé à travailler sur sa version 2023 qui aura lieu en octobre et aura une ambition internationale. Nous espérons que nos partenaires de 2022 nous rejoindrons à nouveau autour de thèmes que nous allons définir ensemble. Il est difficile de préjuger d’une menace plutôt que d’une autre et les surprises stratégiques de 2022 nous ont prouvé qu’il fallait s’attendre à tout. Il nous faudra donc être en mesure d’être réactifs. Nous espérons que le maillage multinational construit au fil du temps nous permettra de limiter l’effet de ces surprises dans des zones où nous manquons de capteurs. 

La menace de cyber sécurité maritime n’a que très peu de place dans notre bilan pourtant nous sommes conscients des craintes ou des attaques subies par les compagnies qui n’ont pas spontanément l’idée de nous faire remonter leur expérience. Nous allons travailler dans ce domaine. 

Enfin, nous aimerions faire passer un message auprès des plaisanciers qui souhaitent naviguer au long cours dans certaines zones où ils sont particulièrement exposés et notamment dans l’océan Indien.

 


 1 Maritime Information Cooperation & Awareness Center

Date publication: 
Mardi, 31 janvier, 2023 - 11:30
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