PORTRAIT DE MARIN : DIMITRI JOYEUX_ORANGE MARINE

Armateurs de France a interviewé Dimitri Joyeux, second polyvalent chez Orange Marine. Originaire d’une petite île au large de la Guadeloupe, Terre-de-Haut Les Saintes, il nous raconte son expérience de la mer.

 

 

  1. Parlez-nous un peu de votre parcours et de ce qui vous a poussé à devenir marin.

J’ai tendance à dire que je n’ai pas grandi près de la mer, mais dans la mer ! Quand vous vivez sur une île de 6km de long, vous êtes constamment au contact de l’eau et avez forcément une personne de votre entourage qui travaille dans le maritime. Je me suis vite pris de passion pour les paquebots et grands yachts qui viennent mouiller dans la rade classée parmi l’une des plus belles du monde. Tout juste le bac scientifique en poche, j’ai intégré comme mon frère et bon nombre de Saintois avant moi, une ENSM[1]. J’ai quitté mes racines pour rejoindre la Métropole en 2001 et suivre la formation d’officier 1ère classe de la marine marchande à Marseille.

J’ai eu la chance de naviguer sur différents types de navires : porte-conteneurs, pétroliers et les très manœuvrant ferries du transmanche où je suis resté 3 ans. Après ma dernière année d’étude et l’obtention du DESMM[2], voyant le vent tourner à Seafrance, j’ai rejoint Orange Marine début 2010 où j’occupe aujourd’hui le poste de second polyvalent.

 

  1. Quelle est, selon vous, la qualité indispensable d’un second polyvalent ?

Un second polyvalent, comme son nom l’indique aura comme qualité principale d’être d’une grande polyvalence, il aura le sens de l’adaptabilité.Il fait preuve de sérieux et de rigueur dans la gestion quotidienne.

Sa réactivité et sa capacité d’anticipation en mer tant sur la conduite navire que sur les opérations câbles sont primordiales.

La gestion humaine est une part importante des fonctions supérieures sur les navires, une bonne aisance relationnelle est indispensable.

Chaque individu est libre de se spécialiser, la polyvalence apporte l’avantage d’être au contact des différents services, de maintenir ses connaissances et d’acquérir une expérience qui permettra entre autres de faire preuve d’une certaine tolérance envers l’autre service

L’armateur a aussi la possibilité d’avoir un marin pouvant offrir de la flexibilité pour faire face à la difficulté de la planification des navigants.

 

  1. Racontez-nous votre « journée-type » de navigation.

En tant que Second Capitaine, je suis le chef de service de l’équipage pont. Ma journée commencera donc forcément par un point avec les différentes équipes afin de déterminer les travaux du jour que je superviserai.

Tout au long de la journée, je gère la partie administrative, je réalise le suivi du matériel des travaux câbles, mais aussi des approvisionnements.

Je veille également à la stabilité du navire en tant que responsable du chargement ou déchargement du câble lors des escales.

Un câblier présente la particularité de faire partie de la famille des navires de travaux, c’est à dire que l’essentiel des opérations commerciales se déroule en mer. En tant que bras droit du Commandant, je partage avec lui la gestion navire durant les travaux câbles en mer.

 

Enfin, en tant que second, je suis garant de la sécurité, de la sûreté et je dois faire en sorte qu’elles soient respectées et appliquées constamment. Pour ce faire, j’’organise des exercices certains après-midi afin de répondre aux exigences de la réglementation.

Après une journée bien rythmée, généralement une bonne séance de sport me permet de bien décompresser avant d’attaquer très rapidement la journée suivante.

 

  1. Avez-vous rencontré des défis en mer ? Racontez-nous un jour marquant de votre carrière

La mer est un milieu qui fascine mais reste hostile et imprévisible. L’isolement qu’elle créé nous oblige à relever des défis tout au long de notre carrière et ce, non seulement dans les domaines mécaniques ou de conduite pour lesquels nous sommes spécialisés, mais aussi dans d’autres qui sont insoupçonnés par le commun des mortels comme le médical et la lutte incendie. C’est un métier très complet.

 

J’ai eu la chance de naviguer sur de nombreuses mers du monde et de découvrir des pays lointains incroyables, pourtant mon plus beau souvenir n’est pas très ancien, car il s’est produit lorsque je me suis rendu fin 2019 aux Saintes avec un des câbliers de la flotte.

En effet, j’ai fait partie de l’équipe qui a installé la fibre optique sous-marine pour les îles du sud de la Guadeloupe. J’étais très fier de pouvoir permettre le désenclavement numérique de mes compatriotes en mettant en place la connexion très haut débit et apporter ainsi ma contribution au développement de mon île natale. Cette journée fut l’occasion de faire découvrir le navire et mon métier à ma famille et mes amis. Mon grand regret eut été de n’avoir pas pu montrer tout cela à mon père, ancien marin pêcheur qui nous avait quittés malheureusement un mois auparavant.

 


 

[1] : École Nationale Supérieure Maritime

[2] : Diplôme D'études Supérieures De La Marine Marchande
 
 
 
Crédits photos : © Orange Marine
 
 
Date publication: 
Jeudi, 13 février, 2020 - 13:30
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